Christine et moi, conversation autour du feu sur yoga et perfection, et l’art de la lenteur

christine yoga

Tiens donc, je n’avais pas déserté mon blog de yoga depuis aussi longtemps… Promis, j’ai encore plein de choses à raconter, mais je prends mon temps. Me revoilà avec le récit d’une conversation récente que j’ai eu avec ma copine Christine autour d’un thème qui nous unit : le yoga.

Christine vit comme moi à Boston, elle a aussi suivi une formation de prof de yoga ici même, elle est autrichienne (pas comme moi) et pratique le yoga depuis plusieurs d’années. On s’est rencontré il y a quelques mois de ça, on est rapidement devenu copines. J’adore sa douceur, son petit côté décalé et, surtout, sa générosité. Ca faisait longtemps qu’on s’était promis de se poser pour « parler yoga ». C’est chose faite, dimanche dernier, après une très longue promenade dans Boston, on s’est retrouvé chez elle, dans un grand loft, face à un poële à bois (parfait pour se réchauffer), assises sur un tapis tout doux à boire un thé en mangeant un cannolo à la ricotta. J’ai mis en route mon dictaphone et on a causé…

J’ai commencé par le début, et je lui ai demandé quand elle avait commencé à pratiquer le yoga…

Christine : Je crois que j’ai commencé, peut-être… il y a 6 ou 7 ou 8 ans. Je ne sais plus vraiment mais par contre, je me souviens où j’ai commencé : c’était à Vienne, une collègue m’a emmenée à un premier cours. J’avais déjà entendu parler du yoga avant, mais sans trop savoir à quoi m’attendre : j’avais envie d’essayer quelque chose de nouveau. A l’époque je courais beaucoup, et on m’avait dit que le yoga était bon pour les coureurs.

J’ai l’impression qu’on se souvient toujours de son premier cours de yoga, que ça se soit bien passé ou pas. Et-ce que tu as aimé le yoga dès le début ?  

Je crois que je me suis demandée si je le faisais bien. Je n’étais pas très sûre de moi, je me disais que je n’étais pas assez souple. Après le cours, on a discuté, et c’est ça qui m’a vraiment plu – la conversation après le cours. La prof avait aussi parlé pendant le cours du fait de prendre son temps, de ralentir : je pense que c’est pour ça que j’ai bien aimé, et que j’y suis retournée. J’ai suivi cette prof partout à Vienne, dans différents studios, avant qu’elle n’ouvre le sien.

Comment était cette prof ?

C’était une prof de « Power Yoga », elle a suivi sa formation avec Brian Kest, un américain qui a fondé ce type de yoga. A l’époque, j’aimais bien une pratique rapide, musculaire… Je n’ai pas suivi d’autres cours, ou d’autres profs, je n’avais pas vraiment de moyen de comparer. Cela dit, j’ai essayé le Bikram mais je n’ai pas du tout aimé : le prof était debout sur une estrade, et il nous hurlait dessus. Horrible !

Comment est-ce que ta pratique de yoga a évolué au fil du temps ?

Je suis partie vivre au Pérou pendant 6 mois, et j’ai continué le yoga là-bas. Je parlais mal espagnol, je ne comprenais pas la moitié des instructions : je pense que ça m’a fait du bien, car je me concentrais moins sur les mots, ni sur le fait de faire les choses « parfaitement ». J’ai du laisser tomber une certaine façon de faire trop parfaite : quand j’ai commencé le yoga, j’étais très compétitive, je me comparais beaucoup aux autres. Au Pérou, je ne pouvais plus faire ça ! C’est aussi à cette époque que j’ai changé ma façon de courir : en altitude, à Lima, c’était difficile. J’ai alors eu un déclic : pourquoi est-ce que j’étais toujours en train de me pousser, de vouloir aller plus vite, de faire mieux ?

C’est intéressant que tu dises que tu as eu un déclic, j’ai l’impression qu’on peut entendre 100 fois la même remarque au yoga et ne pas la comprendre, et un jour, boom, on a ce fameux déclic, on comprend enfin ce que ça voulait dire. Pour toi, cet aspect de ralentir, mais ça a pris du temps. Comment est ta pratique du yoga aujourd’hui ?

Depuis que je vis aux Etats-Unis, je vais dans un petit studio dans le quartier du South End : là-bas, les profs t’incitent à trouver ton propre rythme, et à ne pas faire toujours la même chose de la même façon. Par exemple, dans la posture du croissant, tu peux explorer en prenant différentes variantes de positions de bras. Tu peux bouger plus librement et explorer dans les postures, à la fois pour mieux connaître ton corps, voir ce qui fonctionne, ce qui fait mal, ce qui fait du bien. Ça a été difficile pour moi d’apprendre à m’écouter, au lieu d’écouter le prof. J’ai appris à avoir confiance en moi-même par la pratique et par la formation de prof de yoga.

Pourquoi est-ce que tu as suivi cette formation ?

Je voulais en savoir plus sur les postures en général, l’anatomie, et aussi sur la philosophie du yoga. C’était parfait pour moi car la formation était très axée sur ces aspects.

Tu donnes un cours par semaine, le samedi, est-ce que ça te plait ? 

Pour moi, donner des cours de yoga est encore un challenge, c’est difficile. Je me mettais pas mal de pression au début, mais j’ai eu récemment de très belles expériences. Un élève est venu me parler à la fin d’un cours en me disant qu’il avait beaucoup apprécié, qu’il avait réussi à se lâcher prise. Ça m’a touchée.

Est-ce qu’il y a des modes qui ne te plaisent pas dans le yoga aujourd’hui ?

Je n’apprécie pas trop le côté « fille parfaite, tenue de sport parfaite qui fait du yoga parce que c’est à la mode ». En fait, je me retrouve dans ces filles qui courent pour être mince, qui font du yoga parce que ça fait partie du package « perfection ». Peut-être c’est juste la première phase pour ces jeunes filles… mais pour moi, ce n’est ça pas le yoga.

Alors qu’est-ce que le yoga pour toi ? 

J’ai une définition assez large du yoga : je le vois comme un chemin, et je n’en suis qu’au début. C’est une exploration pour trouver son dharma, son « but ». Le yoga est une approche globale de la vie.

Est-ce que tu as une posture favorite ? 

J’adore l’arbre ! C’est une posture facile, mais super puissante. J’aime bien le pigeon aussi, je me sens bien après. J’adore aussi le poisson !

☞ J’espère que cette conversation vous a plu. Si des choses vous font réagir, si vous avez eu vous aussi un déclic au yoga après des mois et des mois de pratique, parlez-en en commentaires !

Je pratique le yoga depuis 2006. Promis, le yoga, ce n'est pas juste s'asseoir en tailleur et chantonner "om" en respirant de l'encens. Sur le blog de yoga, je parle des mes coups de coeur, mes sources d'inspiration et mes conseils pour dérouler son tapis et profiter des bienfaits du yoga dans la vie de tous les jours.

4 Commentaires

  • Répondre mars 23, 2016

    Aleksandra

    Hey, c’est super ce come back sur le blog ! J’ai adoré en savoir plus sur ton entourage yogi à Boston ! 😉 C’est marrant ce passage de runneuse vers yogini qu’a fait Christine 🙂 Je ne m’y reconnais pas forcément, car je n’ai jamais été très sportive comme fille, mais ça me fait penser à des amis, même mon copain d’ailleurs, qui est très « il faut se dépasser tout le temps dans tout ». J’aurais adoré qu’il se mette au yoga, mais on n’y est pas encore…:)

  • Répondre mars 25, 2016

    Amy

    C’est vrai que parfois nous avons des declics après des mois et des années de pratique.
    Il y a quelque temps j’ai compris qu’il fallait que je garde en tête la posture de la vache lors du chien tête en bas pour ne pas arrondir le bas du dos.
    Mon nouveau slogan yogi « tout est dans la vache » 😉

  • Welcome back Mathile, ça fait plaisir de te lire à nouveau. Je n’ai jamais été une grande adepte du runnning. J’ai voulu mille fois m’y mettre et puis j’ai fini par me dire que c’était pas mon truc. 🙂 En revanche, je me retrouve dans pas mal de choses du parcours de Christine. Ce que j’ai aimé de mon premier cours de yoga (et des suivants), ça a aussi été cet échange à la fin du cours. Mon prof faisait cours dans une coloc’. A la fin du cours, on rangeait tous ensemble puis on partageait un thé. J’ai appris un tas de choses autour de ce thé. Ce moment faisait partie intégrante du cours de yoga. Aujourd’hui, en tant que prof, j’ai envie de recréer cette atmosphère d’après cours.
    Par ailleurs, je rejoins également Christine dans sa réticence à tomber dans le yoga over tendance. C’est pas non plus ma cam. des bises à toutes les 2

  • Répondre mars 31, 2016

    Soeur Anne

    Cette discussion me parle beaucoup. Je suis une yogini débutante (Après une tentaive ratée en juin 2015, j’ai trouvé mon bonheur en septembre) et un premier déclic a déjà eu lieu par rapport au fitness que je pratique depuis 20 ans et qui m’apparait d’un seul coup vide de sens.
    Et puis mercredi, j’ai pour la première fois réussi mon « Chien tête en bas » parfaitement (Je levais trop la tête) et enchaîné avec le reste de la salutation au soleil de manière fluide, en harmonie corps et tête pour la première fois. Ce n’est sans doute rien pour beaucoup, mais la novice que je suis a passé le reste du cours avec un sourire béat aux lèvres.

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